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Antisémitisme en Europe : et si l’Azerbaïdjan était un exemple à regarder ?

gozlancontact
11 août
6 min de lecture

De la montée de l’antisémitisme en France à l’expérience azerbaïdjanaise du vivre-ensemble

Dans un précédent article ,j’écrivais que l’indice de vigilance face à l’antisémitisme en France était élevé.

Quelques semaines plus tard, les chiffres viennent malheureusement confirmer cette alerte.

En 2025, 1 320 actes antisémites ont été recensés en France, soit plus de 3,5 actes par jour. Ces actes représentent 53 % de l’ensemble des actes antireligieux recensés alors que les Juifs représentent moins de 1 % de la population française. Des faits ont été enregistrés dans 88 des 101 départements français. Plus préoccupant encore, 126 violences physiques antisémites ont été recensées en 2025, contre 106 en 2024.


La France n’est évidemment pas le seul pays européen confronté à cette situation. L’Allemagne, le Royaume-Uni, la Belgique et plusieurs autres pays européens connaissent eux aussi une forte mobilisation de leurs institutions juives face à la progression des actes antisémites.


Au-delà des chiffres, un phénomène mérite notre attention : l’antisémitisme européen ne peut plus être considéré comme un phénomène marginal. Il est devenu un enjeu majeur de sécurité, de cohésion sociale et de démocratie.


C’est précisément dans ce contexte qu’un pays situé à plusieurs milliers de kilomètres de Paris mérite que nous nous intéressions davantage à lui : l’Azerbaïdjan.


L’Azerbaïdjan, un cas qui interpelle


L’Azerbaïdjan est un pays majoritairement musulman et pourtant, il entretient depuis des décennies des relations étroites avec Israël, accueille une communauté juive ancienne et active et présente régulièrement la coexistence entre différentes communautés religieuses comme une composante de son identité nationale.


Cette situation mérite d’être regardée avec attention car elle remet en question une idée trop facilement admise en Europe : les relations entre musulmans et Juifs seraient nécessairement déterminées par le conflit israélo-palestinien.


L’expérience de l’Azerbaïdjan démontre que ce n’est pas une fatalité. Un pays musulman peut entretenir des relations stratégiques avec Israël et une communauté juive peut vivre en paix et ne pas être considéré comme une présence étrangère, mais comme une partie de l’histoire nationale.


Les Juifs des montagnes : une histoire exceptionnelle

Pour comprendre cette réalité, il faut revenir à l’histoire des Juifs des montagnes, les Juhuro, l’une des communautés juives historiques du Caucase.


Leur présence dans la région remonte à plusieurs siècles. Ils ont développé une culture particulière, conservant leur religion et leurs traditions juives tout en développant une identité profondément liée au Caucase.


Le symbole le plus remarquable de cette présence est Qırmızı Qəsəbə, près de Quba, également connue sous le nom de Krasnaya Sloboda. Fondée au XVIIIe siècle, cette localité est devenue un centre historique majeur des Juifs des montagnes. La communauté y a conservé ses traditions, sa culture et ses institutions. Aujourd’hui encore, on peut y visiter des synagogues et un musée consacré à l’histoire des Juifs des montagnes.


Cette histoire possède une portée qui dépasse largement les frontières de l’Azerbaïdjan car raconte une autre histoire des relations entre musulmans et Juifs.


Une histoire qui n’est pas uniquement celle de la confrontation mais de coexistence. C’est précisément cette histoire que l’Europe devrait mieux connaître.


Quand l’identité musulmane ne signifie pas hostilité envers Israël


L’un des enseignements les plus importants de l’expérience azerbaïdjanaise est qu’il n’existe aucune relation automatique entre identité musulmane, antisionisme et antisémitisme.


Les relations entre Bakou et Jérusalem sont aujourd’hui profondes et multidimensionnelles : diplomatie, énergie, technologies, sécurité, économie et coopération stratégique.


Cette relation démontre qu’un État peut avoir une identité musulmane tout en considérant Israël comme un partenaire.


Une comparaison nécessaire avec l’Europe


Il ne s’agit évidemment pas d’opposer une Europe « antisémite » à un Azerbaïdjan qui serait totalement exempt de tout préjugé, Une telle comparaison serait simpliste. Nous devons comparer les dynamiques sociales et politiques.


En France, l’antisémitisme a atteint un niveau durablement élevé. En Allemagne, au Royaume-Uni et dans d’autres pays européens, les institutions juives font également face à une situation préoccupante.


En France, la rhétorique anti-israélienne est devenue un catalyseur important de l’antisémitisme : en 2025, près d’un tiers des actes antisémites suffisamment documentés comportaient une référence explicite à la Palestine.


Comme je l’ai déjà écrit, cela ne signifie évidemment pas que toute critique du gouvernement israélien est antisémite car la critique d’un gouvernement, d’une politique ou d’une décision militaire appartient pleinement au débat démocratique. Lorsque la critique d’Israël devient un moyen de désigner collectivement les Juifs comme responsables, ou lorsque l’existence même d’Israël devient l’objet d’une haine particulière, nous entrons dans une autre dimension et c’est précisément là que la distinction entre critique politique, antisionisme et antisémitisme devient essentielle.



Bakou aurait pu être davantage entendu par le judaïsme européen


Je pense qu’une occasion importante a peut-être été manquée. Depuis plusieurs années, l’Azerbaïdjan cherche à développer son rôle de pays de dialogue entre différentes cultures et différentes religions et dans cette perspective, Bakou aurait pu devenir un lieu privilégié de rencontre entre les communautés juives européennes.


L’organisation d’une grande réunion de rabbins européens à Bakou aurait constitué, à elle seule, un symbole extrêmement fort : des rabbins venus de différents pays européens réunis dans un pays majoritairement musulman, disposant d’une communauté juive historique et entretenant des relations stratégiques avec Israël aurait été une image exceptionnelle et aurait envoyé un message simple : le dialogue entre musulmans et Juifs n’est pas seulement possible ; il existe déjà.


Pourtant, cette initiative a suscité des oppositions. En 2023, la perspective d’une conférence de la Conférence des rabbins européens à Bakou avait notamment été publiquement critiquée par des rabbins et intellectuels Juifs français.


Une partie du débat juif français a alors principalement regardé l’Azerbaïdjan à travers les controverses géopolitiques du Caucase. Ce fut une erreur car il fallait regarder Bakou à travers une autre réalité : celle de la coexistence religieuse, de l’histoire des Juifs des montagnes et des relations étroites entre l’Azerbaïdjan et Israël.


Le véritable enjeu : reconnaître les expériences qui fonctionnent


La lutte contre l’antisémitisme ne peut pas se limiter à condamner les actes antisémites une fois qu’ils ont été commis. Elle doit également chercher à comprendre pourquoi certaines sociétés produisent moins de tensions interreligieuses que d’autres et c’est ici que l’Azerbaïdjan présente un intérêt particulier. Son expérience mérite d’être étudiée sous plusieurs angles :

L’histoire des Juifs des montagnes ;

La coexistence religieuse ;

Le rapport entre identité musulmane et judaïsme ;

Les relations stratégiques avec Israël ;

La politique de dialogue interculturel ;

Et la manière dont ces différents éléments s’intègrent dans la construction de l’identité nationale.


C’est exactement le type d’approche que permet une lecture de géopolitique systémique : il ne faut pas isoler la religion de la diplomatie, ni la diplomatie de l’histoire, ni l’histoire de la construction nationale car tout est lié


Une nouvelle étape après l’accord Azerbaïdjan–Arménie


Une nouvelle période s’est ouverte dans le Caucase avec le rapprochement entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Le 8 août 2025, les dirigeants des deux pays ont signé à Washington une déclaration commune ouvrant la voie à la paix et à la normalisation de leurs relations. Les ministres des Affaires étrangères ont également paraphé le projet d’accord de paix entre les deux États.


Cette nouvelle étape peut permettre de regarder l’Azerbaïdjan avec un regard différent et peut également être l’occasion de construire de nouveaux ponts entre Bakou et les communautés juives européennes, notamment avec le judaïsme français.


Il est temps de reconstruire un dialogue


Je crois qu’il serait dommage que les relations entre certains responsables du judaïsme français et l’Azerbaïdjan restent marquées par les incompréhensions et les controverses du passé.


Le judaïsme français est confronté aujourd’hui à une menace antisémite particulièrement importante. L’Azerbaïdjan, de son côté, dispose d’une expérience historique particulière de coexistence avec sa communauté juive et entretient des relations étroites avec Israël. Ces deux réalités pourraient être mises en relation.


L’Azerbaïdjan comme partenaire du vivre-ensemble


L’Europe cherche aujourd’hui des réponses à la montée de l’antisémitisme et des modèles permettant de lutter contre la polarisation entre communautés.


Dans cette recherche, elle ne devrait pas regarder uniquement vers les capitales occidentales mais aussi vers le Caucase.


L’histoire des Juifs des montagnes, la présence des institutions juives en Azerbaïdjan et les relations stratégiques entre Bakou et Israël constituent un ensemble particulièrement intéressant. L’Azerbaïdjan ne doit pas être présenté comme un modèle parfait ou comme une réponse à tous les problèmes européens mais peut en revanche être considéré comme un laboratoire géopolitique du vivre-ensemble. C’est peut-être ce que certains responsables du judaïsme français n’ont pas encore suffisamment perçu.


Construire les ponts de demain


Après la nouvelle étape historique franchie dans les relations entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, il faut espérer qu’une nouvelle page puisse également s’ouvrir entre Bakou et le judaïsme français. Une page fondée non plus sur les incompréhensions du passé, mais sur le dialogue, la connaissance mutuelle et une volonté commune de lutter contre l’antisémitisme.


Le message pourrait être simple : un pays musulman n’est pas condamné à être l’adversaire du judaïsme.

L’Azerbaïdjan en apporte une démonstration particulièrement intéressante et l’histoire des Juifs des montagnes rappelle que cette réalité n’est pas nouvelle : elle s’inscrit dans une histoire caucasienne ancienne, faite de coexistence, de transmission et d’appartenance.


La lutte contre l’antisémitisme ne consiste pas seulement à combattre la haine mais aussi à construire des sociétés dans lesquelles le Juif ne soit pas considéré comme un étranger. Dans cette perspective, Bakou pourrait être non pas seulement un partenaire, mais un véritable pont entre le monde musulman, Israël, le judaïsme européen et l’Europe.

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