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Entretien avec Éric Gozlan.  Propos issus d’échanges et d’analyses récents.

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  • il y a 10 heures
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Entretien avec Éric Gozlan.  Propos issus d’échanges et d’analyses récents.

Éric Gozlan, l’homme des zones grises

À rebours des diplomaties officielles, Éric Gozlan évolue dans ces espaces incertains où les États ne suffisent plus à faire l’histoire. Entre terrain, réseaux informels et approche systémique des conflits, il incarne une nouvelle génération d’acteurs hybrides, à la croisée du stratégique et de l’humain.


Votre parcours échappe aux catégories classiques. Qui êtes-vous aujourd’hui ?

Éric Gozlan :Je suis avant tout un praticien. Quelqu’un qui agit dans des environnements complexes, là où les cadres traditionnels ne fonctionnent plus. Mon approche est celle de la géopolitique systémique : je m’intéresse aux interactions, aux dynamiques invisibles, aux zones de friction.Je travaille dans ces interstices où les canaux officiels sont absents ou saturés, en mobilisant des formats de diplomatie dits « track two », qui permettent de recréer du dialogue là où il n’existe plus.


Vous parlez de géopolitique systémique. Un concept encore peu courant…

Éric Gozlan :Parce que nous continuons trop souvent à lire le monde avec des grilles anciennes. Or, les conflits contemporains sont des systèmes complexes. Ils ne se résument plus à des affrontements entre États.Ils impliquent une multitude d’acteurs politiques, économiques, culturels, informationnels, avec des logiques imbriquées. Si vous ne comprenez pas ce système, vous ne pouvez pas agir efficacement.La géopolitique systémique consiste précisément à identifier ces interactions et à trouver des points d’entrée pour transformer la dynamique globale.


Votre légitimité repose aussi sur le terrain. En quoi est-ce décisif ?

Éric Gozlan :Le terrain, c’est ce qui vous empêche de penser abstraitement. Vous êtes confronté à des réalités humaines, à des perceptions, à des peurs.C’est là que vous comprenez que les conflits ne sont pas seulement des rapports de force, mais des constructions psychologiques et culturelles.Cela change tout dans la manière d’intervenir. Vous ne cherchez plus uniquement à négocier, mais à recréer des conditions de compréhension et, parfois, de confiance.


Vous intervenez dans plusieurs zones de crise. Qu’est-ce qui a le plus changé ces dernières années ?

Éric Gozlan :La fragmentation. Nous sommes entrés dans une ère de conflits éclatés, où les acteurs se multiplient et où les lignes sont floues.À cela s’ajoute une crise profonde de la confiance. Les institutions sont contestées, les récits sont concurrents, et l’information elle-même est devenue un champ de bataille.Dans ce contexte, il faut travailler autrement : de manière plus agile, plus discrète, souvent à petite échelle.


Vous avez été impliqué dans des opérations sensibles, notamment autour d’enfants ukrainiens.

Éric Gozlan :Ce sont des missions extrêmement délicates, où l’humain prime sur tout le reste.Elles illustrent ce qu’est réellement la diplomatie de terrain : un travail patient, souvent invisible, qui consiste à connecter des acteurs qui ne se parlent pas, ou plus.C’est aussi là que l’on mesure l’impact concret de ce type d’engagement. On sort de l’analyse pour entrer dans l’action.


Vous avez cofondé I-Transform avec Isabelle Waschmuth. Quelle est la genèse de cette initiative et en quoi s’inscrit-elle dans votre approche géopolitique ?

Éric Gozlan :I-Transform est né d’une conviction forte que nous partageons avec Isabelle Waschmuth : nous sommes entrés dans une ère de transformations profondes, où les crises ne sont plus seulement géopolitiques au sens classique, mais systémiques. Elles touchent à la fois aux équilibres politiques, aux mutations technologiques, aux dynamiques sociétales et aux imaginaires collectifs.

Face à cela, les approches traditionnelles montrent leurs limites. Il ne suffit plus d’analyser ou de gérer les crises, il faut être capable d’accompagner des processus de transformation. C’est précisément l’objet d’I-Transform : créer une plateforme d’action et de réflexion qui articule analyse stratégique, innovation et engagement opérationnel.

Concrètement, nous développons des approches hybrides qui combinent géopolitique, diplomatie, intelligence collective, initiatives culturelles et accompagnement du changement. L’idée est de faire émerger des solutions nouvelles dans des environnements complexes, en travaillant à la fois sur les acteurs, les récits et les dynamiques profondes des systèmes.

Le lien avec la géopolitique systémique est central. Cette approche permet de comprendre les interactions, les interdépendances et les points de bascule au sein des crises contemporaines. I-Transform en est le prolongement opérationnel : nous passons de la lecture des systèmes à leur transformation, en activant des leviers concrets, souvent à la croisée du diplomatique, du sociétal et du culturel.

Enfin, I-Transform repose sur une intuition clé : les solutions ne viendront pas uniquement des États. Elles émergent de la capacité à connecter des mondes,institutions, société civile, experts, artistes, innovateurs  et à créer des espaces où de nouvelles formes de coopération deviennent possibles. C’est dans ces zones hybrides que se jouent aujourd’hui les véritables transformations géopolitiques.

 

Justement, vous accordez une place importante à la culture. Un choix surprenant dans un univers stratégique…

Éric Gozlan :Pas tant que ça. La culture agit là où la politique ne peut plus rien.Elle touche aux imaginaires, aux identités, à ce qui structure profondément les sociétés. Dans certains contextes, un projet artistique peut rouvrir un dialogue impossible sur le plan diplomatique.Nous travaillons aussi avec des outils comme l’art-thérapie, qui permettent d’aborder les traumatismes. C’est une dimension souvent négligée, mais essentielle si l’on parle de transformation durable.



Vous publiez régulièrement analyses et tribunes. Pourquoi cette volonté de transmission ?

Éric Gozlan :Parce que la compréhension est un enjeu stratégique.Nous vivons dans un monde saturé d’informations, mais souvent pauvre en grilles de lecture. Mon objectif est de rendre cette complexité accessible, sans la dénaturer.Et surtout, de montrer qu’il existe des marges d’action. La géopolitique n’est pas seulement une affaire d’États : elle concerne aussi les sociétés, et, dans une certaine mesure, les individus.


Quel regard portez-vous sur la France dans ce nouvel échiquier ?

Éric Gozlan :La France a des atouts considérables, mais elle doit continuer à se réinventer.Les formes traditionnelles de puissance ne suffisent plus. Il faut intégrer davantage les approches hybrides, renforcer les liens avec la société civile, et accepter que l’influence passe aussi par des canaux non conventionnels.C’est dans cette capacité d’adaptation que se joue aujourd’hui sa pertinence.


Un dernier mot pour les jeunes générations ?

Éric Gozlan :De ne pas avoir peur de la complexité.Le monde n’est plus lisible avec des schémas simples. Il faut apprendre à penser en systèmes, à naviguer dans l’incertitude, et à rester connecté au réel.Et surtout, ne pas se contenter d’observer. Il faut s’engager.

 

 
 
 

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