top of page

L'extrême-droite à l'heure de Moscou

  • gozlancontact
  • il y a 6 jours
  • 3 min de lecture

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, un phénomène politique majeur s’est imposé dans le débat public occidental : la convergence croissante d’une partie des extrêmes droites européennes et américaines avec les intérêts stratégiques du Kremlin. Ce positionnement n’est ni accidentel ni marginal. Il repose sur des affinités idéologiques profondes et constitue aujourd’hui un danger direct pour la cohésion démocratique et la sécurité européenne.


Une proximité assumée en France

En France, cette dynamique est observable depuis plusieurs années. Le Rassemblement national, principal parti d’extrême droite, a entretenu des relations politiques et financières connues avec la Russie avant 2022, notamment à travers des prêts accordés par des banques russes. Mais au-delà de ces faits passés, ce sont surtout les prises de position publiques depuis le début de la guerre qui interrogent.

Marine Le Pen a déclaré à plusieurs reprises que les sanctions contre la Russie étaient « inefficaces » et qu’il fallait privilégier une sortie diplomatique rapide du conflit, tout en s’opposant à la livraison d’armes lourdes à l’Ukraine. Cette ligne a été confirmée par plusieurs cadres du RN. Le député européen Thierry Mariani a ainsi affirmé sur RMC qu’il fallait « arrêter d’armer l’Ukraine », estimant que les sanctions pénalisaient davantage les Européens que Moscou.

Ces positions ne sont pas neutres. Elles reprennent presque mot pour mot les éléments de langage diffusés par le Kremlin : sanctions inutiles, responsabilité partagée du conflit, accusation d’une provocation occidentale via l’OTAN. Ce n’est pas une coïncidence.

Des votes qui parlent d’eux-mêmes

Les faits sont vérifiables. Le 17 juillet 2024, le Parlement européen a voté une résolution réaffirmant le soutien politique, militaire et financier à l’Ukraine et condamnant les initiatives diplomatiques unilatérales avec Moscou. Sur les 137 votes contre, une large majorité provenait des groupes d’extrême droite, dont les eurodéputés français du RN, aux côtés de l’AfD allemande et d’autres formations radicales.

La résolution officielle du Parlement européen (RC-10-2024-0191) rappelle pourtant un principe fondamental : la Russie mène une « guerre d’agression » en violation du droit international, et toute paix durable suppose le respect de l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Voter contre ce texte, ce n’est pas appeler à la paix : c’est affaiblir la position des démocraties face à un régime autoritaire.


L’axe idéologique Trump–Poutine

Cette convergence ne se limite pas à l’Europe. Elle s’inscrit dans une dynamique transatlantique plus large, où certaines extrêmes droites européennes se reconnaissent dans les positions de Donald Trump. Celui-ci a déclaré à plusieurs reprises qu’il mettrait fin à la guerre en Ukraine « en 24 heures », sans jamais préciser sur quelles concessions, ni de quel côté. Il a également remis en cause l’aide militaire à Kyiv et relativisé la responsabilité russe.

Ces déclarations sont saluées par de nombreuses figures de l’extrême droite européenne, qui y voient la légitimation de leur propre discours : abandon de l’Ukraine, remise en cause des sanctions, affaiblissement de l’OTAN. En Hongrie, Viktor Orbán a publiquement présenté Donald Trump comme un « artisan de paix », tout en bloquant à plusieurs reprises l’aide européenne à l’Ukraine.

Nous assistons ainsi à la formation d’un axe idéologique informel Trump–Poutine, soutenu ou applaudi par des forces politiques qui partagent une même hostilité à l’ordre démocratique libéral, aux institutions multilatérales et au droit international.


Un danger pour les démocraties

Le danger n’est pas seulement géopolitique. Il est démocratique. En reprenant les narratifs russes, ces mouvements contribuent à la désinformation, à la polarisation des sociétés et à la banalisation de régimes autoritaires présentés comme des modèles de stabilité ou de “souveraineté”.

La Russie ne s’en cache pas : sa stratégie vise à diviser les démocraties de l’intérieur. Lorsque des partis européens, en France comme ailleurs, relayent ces discours ou votent contre le soutien à l’Ukraine, ils deviennent — volontairement ou non — des vecteurs de cette stratégie.


Défendre l’Ukraine, défendre la démocratie

Soutenir l’Ukraine n’est pas une posture idéologique. C’est défendre un principe fondamental : aucun État ne peut envahir un voisin souverain par la force sans conséquences. Renoncer à ce principe, sous couvert de “réalisme” ou de “paix rapide”, c’est ouvrir la voie à d’autres agressions, ailleurs, demain.

Face à la montée des extrêmes droites pro-russes et à leur fascination pour un axe Trump–Poutine, il est urgent de nommer les choses clairement. Ce combat n’oppose pas la guerre à la paix. Il oppose le droit à la loi du plus fort, la démocratie à l’autoritarisme, la solidarité internationale au cynisme politique.

 

 
 
 

Commentaires


  • Facebook
  • Twitter
  • LinkedIn

©2021 par comprendre le monde. Créé avec Wix.com

bottom of page