Iran : la violence sans vision
- gozlancontact
- 14 janv.
- 3 min de lecture
Le régime iranien n’est pas simplement autoritaire : il est structurellement violent, idéologiquement totalitaire et profondément hostile à toute forme de liberté. Depuis plus de quarante ans, les mollahs gouvernent par la peur, l’exécution, l’humiliation et la manipulation religieuse. Ils répriment leur propre peuple, oppriment les femmes, assassinent les opposants et exportent l’instabilité bien au-delà de leurs frontières. Ce constat n’est plus idéologique, il est factuel.
Oui, le régime des mollahs est l’un des pires du monde. Mais ce constat, aussi accablant soit-il, ne justifie pas l’aveuglement stratégique.
L’idée, régulièrement avancée — notamment par Donald Trump et les partisans de la force brute — de bombarder l’Iran relève davantage du réflexe que de la stratégie. Détruire un régime ne signifie pas libérer un peuple. Et ceux qui prétendent le contraire n’ont rien appris des désastres du début du XXIᵉ siècle. Bombarder, c’est facile. Gouverner l’après ne l’est jamais.
La question centrale, soigneusement évitée, est pourtant évidente : qui gouvernera l’Iran après les bombes ?Certainement pas une démocratie surgie des ruines. Plus probablement un chaos durable, une militarisation totale du pouvoir ou une prise de contrôle encore plus radicale par les Gardiens de la révolution. Autrement dit, la substitution d’un régime brutal par un système potentiellement encore plus violent et incontrôlable.

L’histoire récente est implacable. En Irak, en Libye, en Syrie, le changement de régime imposé par la force a produit des États faillis, des guerres civiles et des foyers de radicalisation durables. Répéter ce scénario en Iran — puissance régionale de près de 90 millions d’habitants — serait une faute stratégique majeure, aux conséquences régionales et internationales incalculables.
Bombarder l’Iran, c’est prendre le risque d’un embrasement régional généralisé, d’une escalade militaire incontrôlable impliquant Israël, le Golfe, le Liban, l’Irak et au-delà. C’est aussi offrir au régime le meilleur des arguments : celui de la survie nationale, justifiant une répression totale et l’écrasement définitif de toute opposition démocratique interne, immédiatement assimilée à une trahison.
Face à cette impasse, les solutions existent, mais elles exigent de la lucidité et du courage politique. La seule issue crédible repose sur une stratégie de long terme, froide et assumée. Elle passe d’abord par un soutien politique clair et structuré aux forces démocratiques iraniennes, y compris celles de la diaspora, sans naïveté mais sans ambiguïté. Elle exige ensuite une pression internationale ciblée, non pas aveugle, mais concentrée sur les véritables centres de pouvoir : dirigeants du régime, Gardiens de la révolution, réseaux économiques et financiers qui alimentent la répression. À cela doit s’ajouter une protection active de la société civile iranienne — journalistes, artistes, femmes, étudiants — car c’est là que se joue l’après-régime. Enfin, il est impératif de préparer dès maintenant une architecture de transition, pensée avec des acteurs iraniens légitimes, afin d’éviter le vide politique que les extrémismes exploitent toujours. La lucidité stratégique consiste à affaiblir le régime sans détruire le pays.
Le régime des mollahs tombera. Il est miné de l’intérieur, rejeté par une population jeune, instruite et épuisée par la corruption, la répression et le mensonge idéologique. Mais il tombera soit par une transition préparée et maîtrisée, soit par un effondrement brutal ouvrant la voie à pire encore.
La responsabilité de la communauté internationale n’est pas de jouer aux apprentis pyromanes, mais d’empêcher qu’un régime criminel laisse derrière lui un champ de ruines politique. En géopolitique, la violence sans vision ne produit jamais la liberté. Elle ne fait que changer le nom de l’oppresseur.




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