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Rosh Hashana : et si le monde faisait aussi son examen de conscience

gozlancontact
il y a 6 minutes
4 min de lecture

Demain soir commencera une nouvelle année juive.

À cette occasion, je voudrais simplement souhaiter Shana Tova à mes amis juifs, mais aussi à mes amis non juifs.

Si Rosh Hashana est un moment important du calendrier juif, le message qu’il porte dépasse, à mes yeux, largement la seule communauté juive.


Entre Rosh Hashana et Yom Kippour s’ouvre une période particulière : celle de l’introspection, du questionnement et du bilan. Chacun est invité à regarder l’année qui vient de s’écouler, à réfléchir à ses actes, à ses erreurs, à ses choix, à ce qu’il aurait pu faire autrement. En quelque sorte, il s’agit de se regarder soi-même avant de regarder les autres.

Je me demande parfois si notre monde ne devrait pas, lui aussi, faire son examen de conscience car lorsque l’on regarde l’état de notre planète, une question devient difficile à éviter : Comment en sommes-nous arrivés là ?


Que voyons-nous aujourd’hui ?

Nous voyons des pays dans lesquels les extrêmes sont aux portes du pouvoir, parfois même déjà au pouvoir.

Nous voyons la haine de l’autre progresser.

Nous voyons le racisme et l’antisémitisme augmenter.

Nous voyons des sociétés se diviser de plus en plus profondément, chacun se repliant sur son identité, son groupe, son peuple, sa religion ou ses propres intérêts.

Mais ce qui m’interpelle peut-être le plus n’est pas seulement la violence, c’est le silence.

Le silence devant les massacres.

Le silence devant les déportations de populations.

Le silence devant les enfants déplacés, séparés de leurs familles ou privés de leur identité.

Le silence devant les souffrances qui ne concernent pas directement notre propre communauté.

Et c’est peut-être là que se trouve l’un des problèmes les plus profonds de notre époque.


Nous avons progressivement accepté l’idée que la souffrance de l’autre nous concernait moins que celle des nôtres.

Lorsque cela touche notre peuple, nous nous mobilisons.

Lorsque cela touche notre communauté, nous dénonçons.

Lorsque cela touche nos proches, nous sommes bouleversés.

Mais lorsque cela arrive ailleurs, à des personnes qui ne nous ressemblent pas, qui ne parlent pas notre langue, qui n’appartiennent pas à notre religion ou à notre communauté, nous trouvons parfois mille raisons de détourner le regard, comme si la valeur d'une vie dépendait de l'identité de celui qui la porte.


Je crois que c’est une erreur fondamentale. Une vie humaine ne devrait pas avoir besoin d’être « de notre camp » pour mériter notre attention.

Un enfant reste un enfant, qu’il soit de n’importe quel autre endroit dans le monde .

Une personne déportée reste une personne déportée, quelle que soit son origine.

Un massacre reste un massacre, même lorsqu’il est commis loin de nos frontières.

Une haine reste une haine, même lorsqu’elle vise quelqu’un que nous ne connaissons pas.

C’est peut-être cela que nous avons perdu : la capacité de regarder au-delà de nous-mêmes.


Nous voulons que l’on reconnaisse notre douleur, mais nous ne sommes pas toujours capables de reconnaître celle de notre voisin.

Nous voulons que l’on condamne les crimes commis contre notre peuple, mais nous sommes parfois silencieux lorsque des crimes sont commis contre un autre peuple.

Pourtant, la véritable humanité commence précisément à cet endroit. Elle commence lorsque je suis capable de défendre quelqu’un dont je ne partage ni l’identité, ni la religion, ni les opinions. Elle commence lorsque je peux dire :

« Ce qui lui arrive est injuste, même si cela ne m’arrive pas à moi. »


C’est pourquoi je pense que le monde aurait besoin, lui aussi, d’une période d’introspection. Un moment où chacun , individus, gouvernements, organisations, communautés, pourrait se poser quelques questions simples.

Qu’avons-nous fait cette année ?

Qu’avons-nous accepté ?

Qu’avons-nous laissé passer ?

Devant quelles injustices avons-nous gardé le silence ?

Avons-nous défendu des principes ou seulement nos intérêts ?

Avons-nous condamné la violence lorsqu’elle venait de notre camp avec la même force que lorsqu’elle venait de l’autre camp ?

Et surtout : Avons-nous regardé suffisamment loin que nous-mêmes ?


Je ne crois pas que tous les problèmes du monde disparaîtraient simplement si chacun faisait cet examen de conscience mais je suis convaincu qu’une partie de nos problèmes commencerait à changer.

Beaucoup de conflits sont alimentés par l’idée que notre douleur vaut davantage que celle de l’autre.

Beaucoup de haines naissent du refus de reconnaître l’humanité de celui qui nous fait face.

Beaucoup de violences deviennent possibles parce que ceux qui pourraient les dénoncer préfèrent se taire.



Alors, pour cette nouvelle année, mon souhait est finalement très simple  :je souhaiterais que nous devenions un peu moins égoïstes.

Je souhaiterais que nous regardions un peu moins uniquement ce qui nous concerne.

Je souhaiterais que nous dépassions un peu plus souvent les frontières de notre peuple, de notre communauté, de notre religion, de notre idéologie ou de nos intérêts.

Je souhaiterais que nous apprenions à regarder l’être humain avant de regarder son identité.

Peut-être qu’alors, une partie des maux qui frappent notre planète commenceraient à disparaître d’eux-mêmes car le changement du monde ne commence pas toujours dans les palais présidentiels, dans les parlements ou dans les grandes organisations internationales mais Il peut aussi commencer beaucoup plus simplement :en chacun de nous.


Alors, à mes amis juifs et non juifs :

Shana Tova.

Que cette nouvelle année soit une année de réflexion, de paix, de responsabilité et surtout d’humanité et peut-être que notre véritable souhait pour cette année devrait être celui-ci :

Ne plus seulement nous demander ce qui arrive à notre peuple mais nous demander ce qui arrive à l'être humain.

 
 
 

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