Trump-Poutine : quand le business passe avant la paix, le vrai visage du pouvoir
Il fallait oser. Donald Trump l’a fait.
L’Ukraine n’en finit pas de payer le prix d’une guerre que la Russie a imposée et c’est à ce moment-là que le président des États-Unis fait part d’un arrangement avec Vladimir Poutine pour l’exportation de gazole russe en masse, vers son pays. Son administration va plus loin en projetant de relâcher l’étau des sanctions sur Moscou, au grand dam de l’Europe et de l’Ukraine.
Encore une fois, on nous dira que Donald Trump est un homme de paix ? Mais de quelle paix s’agit-il si les principes cèdent la place aux intérêts d’affaires, si l’on peut se mettre d’accord sur des sanctions et qu’il en coûte au pays qui subit l’agression de se voir relégué ?
Une variable d’ajustement, l’Ukraine
Ce que recherche Donald Trump, c’est l’immédiat : des accords que d’autres n’ont pas su conclure, pour prouver sa force de négociateur et faire chuter le coût de l’énergie. Sur le papier l’efficacité est là, mais géopolitiquement c’est bien plus sérieux. La Russie est en guerre avec l’Ukraine et les profits de ses exportations d’énergie ont leur part d’importance, tant sur le plan économique que stratégique. En assouplissant les restrictions alors que les combats font rage, on se doit de s’interroger : que lui reste-t-il à Moscou pour l’amener à une paix durable et juste ?
Volodymyr Zelensky y voit une décision indigne et l’on conçoit sa méfiance : comment exiger des concessions de l’Ukraine quand son allié occidental de premier plan ouvre de nouvelles portes commerciales à la Russie ?
Au-delà de l’accord, c’est le signal envoyé au Kremlin qui est de mise : les affaires reprennent dès qu’elles sont dans l’intérêt des Américains, destructions, victimes ou guerre n’y font rien.
Le baril ou la paix ?

De retour au pouvoir, Donald Trump affiche une diplomatie de transaction, où l’on compte les résultats, les bénéfices, les rapports de force. Rien de neuf en soi dans les relations entre les nations, mais cette manière de faire peut s’avérer périlleuse quand elle laisse croire qu’un conflit n’est qu’une affaire de commerce. On oublie trop vite qu’au-delà des statistiques se trouvent des villes en ruine, des soldats qui ne reviendront pas, des enfants déplacés, des familles brisées et un peuple qui veut sauver son indépendance.
Qu’en est-il de ces enfants ukrainiens qu’on a déportés ou envoyés de force en Russie, dont le sort engage la responsabilité internationale ? Doivent-ils n’être qu’une note de bas de page dans les pourparlers des grandes puissances.
Le Trump de toujours ?
Lorsque l’on met en avant les intérêts économiques des États-Unis, quitte à relâcher la pression sur Moscou, il convient d’avoir le courage de nommer les choses : on n’est plus dans une politique de paix mais dans celle des intérêts.
Trump l’a donné en exemple le 11 octobre en proclamant un cessez-le-feu pour les infrastructures énergétiques russes comme ukrainiennes. Kiev s’en est défendue, n’ayant eu vent de l’entente qu’après coup, et fait état de nouvelles frappes de l’autre côté du front.
Que reste-t-il de l’Europe ?
Elle ne saurait se borner à commenter les vues de Washington, formuler quelques réserves et patienter la prochaine initiative de la Maison-Blanche. Si l’on voit Washington mettre d’abord ses propres affaires en avant, les Européens ont l’obligation de montrer de la fermeté. Pour les siennes. Il s’agit de ne pas laisser reposer les garanties de sécurité européennes sur la seule volonté d’un président américain, l’alliance n’étant pas synonyme de soumission.
Deux exigences s’imposent à l’Europe :
- des garanties de sécurité qui tiennent la route,
- une réponse au sort des enfants ukrainiens
Une question de fond s’impose.
Un dirigeant ne se juge point à ses mots, il faut s’intéresser à ce qu’il fait, aux conséquences de ses choix et à qui en profite. Donald Trump dit vouloir en finir avec la guerre. Soit. Qu’il prouve alors que ses accords ont pour effet d’arrêter l’agression russe et n’offrent pas seulement de nouvelles opportunités commerciales. Qu’il tienne Vladimir Poutine à des engagements de rigueur, qu’il veuille bien garantir l’Ukraine et ne fasse pas des sanctions une monnaie d’échange sans contrepartie.
L’Histoire, elle, ne jugera pas seulement les accords conclus. Elle jugera aussi les concessions consenties, les victimes oubliées et les principes abandonnés.
Eric Gozlan
Président de l’Ukraine International Coordination Alliance




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