Lettre ouverte aux dirigeants de La France insoumise
Mesdames, Messieurs,
Vous êtes régulièrement au premier rang lorsqu’il s’agit de dénoncer les souffrances du peuple palestinien. Vous prenez la parole, vous interpellez les institutions, vous mobilisez l’opinion publique et vous faites de cette question un sujet politique majeur.
Cette mobilisation est votre droit.
Mais elle pose une question que je souhaiterais vous adresser publiquement : votre considération pour les peuples qui souffrent est-elle réellement universelle ?
Car lorsqu’il s’agit des enfants ukrainiens transférés ou déportés vers la Russie depuis le début de la guerre, votre voix est beaucoup moins audible.
Pourtant, le sujet n’est pas marginal.
Des organismes internationaux ont documenté le transfert d’enfants ukrainiens vers des territoires occupés par la Russie ou vers la Fédération de Russie. La Cour pénale internationale a délivré, en mars 2023, des mandats d’arrêt contre Vladimir Poutine et Maria Lvova-Belova, notamment pour le crime de guerre allégué de déportation et de transfert illégal d’enfants ukrainiens.
Ces enfants ont-ils moins d’importance parce qu’ils sont ukrainiens ?
Leur souffrance mérite-t-elle moins de manifestations, moins de communiqués, moins de prises de parole ?
Je ne vous demande pas de choisir entre les enfants palestiniens et les enfants ukrainiens.
Je vous demande précisément l’inverse : de ne pas choisir entre les victimes.
On peut défendre les droits des Palestiniens sans relativiser ceux des Ukrainiens. On peut dénoncer les décisions du gouvernement israélien sans fermer les yeux sur les crimes commis en Ukraine. On peut soutenir la population civile de Gaza et, dans le même temps, demander que les enfants ukrainiens soient recherchés, identifiés et rendus à leurs familles.
La défense des droits humains ne devrait pas fonctionner à géométrie variable.
Elle devrait commencer par une règle simple : une victime reste une victime, quelle que soit sa nationalité, sa religion, son origine ou le camp politique auquel elle appartient.
C'est précisément sur ce principe que je vous interpelle.

Vous avez une capacité considérable à mobiliser l'opinion publique française. Pourquoi cette capacité est-elle si rarement utilisée pour parler des enfants ukrainiens transférés en Russie ?
Pourquoi cette question semble-t-elle si peu présente dans vos interventions publiques ?
Et surtout, que diriez-vous si ces enfants étaient palestiniens ?
Je ne vous demande pas de défendre l'Ukraine dans son ensemble. Je ne vous demande pas de soutenir le gouvernement ukrainien. Je ne vous demande même pas d'approuver la politique de Kyiv.
Je vous demande simplement de défendre des enfants.
Parce qu'à mes yeux, c'est précisément lorsque nous sommes en désaccord avec un gouvernement, un peuple ou une politique que nous devons être capables de distinguer les victimes des responsables.
La défense des droits humains ne peut pas être conditionnée par la proximité idéologique.
Elle ne peut pas être réservée aux victimes dont la cause correspond à nos convictions politiques.
Si vous défendez réellement les droits universels, alors défendez-les partout.
Les enfants ukrainiens aussi ont besoin que quelqu'un parle pour eux.
Eric Gozlan
Spécialiste en géopolitique systémique




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